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Pas une opinion, mais une norme : sur la force des droits humains

10.12.2025

L’histoire que nous préservons montre ce qui se passe lorsque la dignité humaine est systématiquement niée. Cette même histoire a contribué à l’élaboration de la Déclaration universelle des droits de l’homme : un engagement pris par la communauté internationale selon lequel chaque être humain compte, que la dignité est inaliénable et que les droits ne doivent pas dépendre du pouvoir, de l’origine ou des convictions.

Les droits humains ne sont pas une opinion. Ce sont des normes partagées, des valeurs codifiées, un minimum indispensable pour rendre la vie en société possible. À une époque où la violence et la polarisation dominent, ce fondement ne va pas de soi,  et il est plus essentiel que jamais.

Aujourd’hui, les droits humains sont sous pression, partout dans le monde. Dans de nombreux pays, les citoyens ne sont pas protégés. Des groupes sont exclus. Des régimes préfèrent la propagande à la vérité. Des parties en conflit prennent les civils pour cibles.

Dans les débats sur les conflits actuels, on se demande souvent si les droits humains peuvent réellement être universels. Il est tentant de les appliquer de manière sélective, ou de les considérer comme un argument parmi d’autres dans une lutte politique plus large. Mais les droits humains perdent tout leur sens lorsqu’ils deviennent l’instrument d’un seul camp.

Notre institution part du principe inverse : les droits humains s’appliquent à toutes et à tous, quel que soit l’auteur de la violation, quelle que soit la personne touchée. Ils nous protègent contre l’arbitraire. Contre la déshumanisation. Contre l’idée dangereuse selon laquelle certaines personnes seraient moins humaines que d’autres. Ils nous offrent le langage et le cadre pour nommer l’injustice et la vulnérabilité, sans tomber dans le piège du “nous contre eux”.

Dans nos échanges, nous constatons à quel point il peut être difficile de maintenir cette norme partagée lorsque les images de violence attisent les émotions. La colère, la tristesse, la peur ou la solidarité poussent les gens dans des directions opposées. Et c’est précisément dans ces moments-là que l’on saisit combien les droits humains dépassent le simple cadre juridique. Ils nous rappellent ce que cela signifie de rester humain, même lorsque les circonstances nous mettent à l’épreuve. Les droits humains nous protègent non seulement contre ce que les États ou les groupes peuvent faire, mais aussi contre ce que nous risquons de nous infliger les uns aux autres : par nos mots, nos jugements, notre capacité à déshumaniser.

La Shoah nous rappelle les conséquences d’un déni structurel de la dignité humaine. Mais ce souvenir ne constitue pas seulement un point de référence historique : c’est aussi un avertissement contre des mécanismes qui réapparaissent aujourd’hui. Cela fait des droits humains une boussole pour lire le présent — non pas en imposant des comparaisons, mais en reconnaissant les schémas de déshumanisation et de vulnérabilité.

Il en résulte un double mouvement. D’un côté, l’histoire montre ce qui se passe quand les droits sont absents. De l’autre, les droits humains nous indiquent ce qui est nécessaire pour protéger notre humanité.

Quand nous abordons ces sujets, il vaut mieux ne pas partir de la question de savoir qui a raison, mais plutôt se demander : que nous demande ici le respect de la dignité humaine ? Cette question n’élude pas le conflit, mais en brise la logique. Elle invite à faire place aux faits, à la nuance et à la reconnaissance des souffrances,  sans instrumentaliser l’intégrité historique de la Shoah dans le débat.

Les droits humains constituent ainsi le terrain commun sur lequel la différence peut exister sans que l’humanité ne soit perdue. En ce sens, ils ne sont pas un aboutissement, mais une invitation: à parler avec attention et soin, et à prendre conscience que toute reconnaissance de l’humanité d’autrui confirme aussi la nôtre.