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En dialogue sur la Shoah et les droits humains

En sa qualité de mémorial, musée et centre de recherche, Kazerne Dossin préserve la mémoire de la Shoah et de la persécution des Juifs, Roms et Sinti. L’institution favorise une relation intègre et sereine avec ce passé. Elle met en évidence des schémas de déshumanisation et prône le respect des droits humains. Comment, dans le respect de ces principes, Kazerne Dossin se positionne-t-il face à l’actualité ?  

La Shoah n’est pas un sujet facile à aborder, pas plus que ne le sont les crimes de guerre, les crimes contre l’humanité ou les génocides encore commis à notre époque. L’indignation alimente la résistance sociale et l’activisme tout en suscitant des réactions de la part de celleux qui l’estiment sélective ou dépourvue de nuances. Il en découle une atmosphère publique où les émotions se heurtent. Le musée aborde ce qu’il se passe dans la société.

Pour un musée qui traite des victimes et de la résistance juives, le conflit israélo-palestinien est un sujet sensible. Au sein de la religion et de la culture juives, Israël occupe pour beaucoup une place particulière. L’histoire de la Shoah est pour les Juifs une référence dans leur désir de vivre dans un État sûr.

Après la Seconde Guerre mondiale, la Shoah a par ailleurs marqué un tournant dans le développement du droit international. La Déclaration universelle des droits de l’homme et la Convention sur le génocide de 1948 sont des initiatives qui cherchaient à remplacer le droit du plus fort par la force de la justice. Il en découle une protection inconditionnelle des droits humains pour toutes et tous, qui que soient celleux qui les bafouent ou sont victimes de leur violation. Ainsi, il n’est pas rare que des communautés doivent être protégées contre des acteurs étatiques tels que des pays et des institutions gouvernementales. Des milliards de personnes à travers le monde vivent sous l’autorité de près de 195 États. Indépendamment de ces derniers, la communauté internationale et les citoyen·nes ont également la responsabilité de (faire) respecter les droits humains. Une tension insoutenable entre les responsabilités et la vulnérabilité des personnes suscite l’indignation.

Reconnaître l’actualité

En notre qualité de musée sur la Shoah et les droits humains, nous reconnaissons le caractère unique de la Shoah et l’universalité des mécanismes qui y sont identifiables. Les schémas de déshumanisation, d’exclusion et de violence systématique qui ont frappé les Juifs, Roms et Sinti à l’époque ont été observés depuis lors dans d’autres contextes, comme au Rwanda, à Srebrenica, au Kosovo, en Ukraine ou au Darfour, par exemple. Plus récemment, ces schémas ont également touché les Yézidis, les Rohingya, les Ouïghours, les Palestiniens et les Israéliens. Kazerne Dossin choisit dans son fonctionnement de ne pas éviter l’actualité mais de reconnaître les tensions et la polarisation qui peuvent se manifester pendant les visites.

Les visiteur·euses de Kazerne Dossin peuvent initier le dialogue sur des problèmes actuels qui les préoccupent : la guerre, les réfugié·es, la discrimination, la déshumanisation et le génocide. Dans notre fonctionnement, nous reconnaissons également l’impact des formes actuelles de racisme et d’antisémitisme. Ainsi, le souvenir que nous préservons des victimes de la Shoah ne constitue pas un « argument » dans un conflit actuel mais plutôt un point de référence qui met en garde contre la déshumanisation et la protection internationale défaillante.

Notre regard historique peut cependant approfondir le débat. Nous partons de l’histoire, accueillons les questions, n’établissons pas de parallèles à la légère et nous montrons prudents avec les comparaisons qui font abstraction de différences importantes. Nous envisageons l’histoire comme un outil d’observation du présent, non comme une arme ni une vérité exclusive. L’histoire ne constitue pas pour nous une fin mais une incitation à la réflexion sur ce qui compte, aujourd’hui et demain.

Dialogue sur la Shoah et les droits humains

Le choix des mots et la manière dont nous les utilisons ont leur importance. Nous ne cherchons pas à parler plus fort que les autres dans les débats. Nous ne nous taisons pas. Le dialogue est notre priorité. La tendance au monologue complique généralement les discussions. Nous invitons les visiteur·euses à explorer différentes perspectives, même si elles sont inconfortables ou confrontantes. Notre objectif est d’offrir à chaque visiteur·euse, quelle que soit son origine, la possibilité de se sentir à la fois en sécurité et stimulé·e dans le débat, sans que le musée ne lui impose une vision.

Kazerne Dossin souhaite faciliter un dialogue engageant et réfléchi sur la Shoah et les droits humains, axé sur les faits et les vérités. Le dialogue entre le passé et le présent est ainsi activement initié : non pas comme une histoire finie à la tonalité moralisatrice, mais comme un horizon invitant à la réflexion et au dialogue, sans imposer de leçon catégorique. En offrant pluralité des voix, contexte et espace de discussion, Kazerne Dossin souhaite parvenir, avec les visiteur·euses, à comprendre les schémas, reconnaître les différences et mener une réflexion critique à partir du passé comme du présent. Dans une ouverture aux perspectives, mais pas à la relativisation des faits ou des droits fondamentaux.